Pampelune
Cizur Menor
Puente la Reina
Estella
Logroño
Los Arcos
Najera
Grañon
Tosantos
Agès
Burgos
Hontanas
Boadilla del camino
Carrión de los Condes
Ledigos
Calzadilla de Los Hermanillos
Mansilla de las Mulas
Leon
Villar de Mazarife
Astorga
Manjarin
Ponferrada
Villafranca del Bierzo
O'Cerbeiro
Monatère de Samos
Ferreiros
Palas do Rei
Ribadiso de Baixo
Arca O'Pino
Santiago de Compostella
Negreira
Olveiroa
Cap Finisterre
Murxia

Pampelune

Cizur Menor

Cachet Condom

(5 km)

Cachet Séviac
Espagne, me voici.
Le bus d’Irun m’a déposée à la gare de Pampelune à 13h, j’étais dans un état d’excitation intense.
Je pars avec un sac à dos de 14kgs, des résultats d’examens médicaux plus que moyens, une détermination et une volonté en béton armé.
J’ai remonté la grande route qui conduit au centre ville à fond de train, le ciel était bleu, le soleil étincelant, mais un petit vent glacial m’empêchait d’ôter mon blouson. J’ai eu l’impression que j’avais quitté le chemin hier…
Voila ! Les petites flêches jaunes. J’y suis ! Dés la sortie de Pampelune, je sais que mon sac est trop lourd.
A Cizur, le gîte est bondé, comme d’habitude en Espagne…
J’ai mangé au petit restaurant du village avec quelques pèlerins, Mike d’Angleterre, Evan de Singapour, Linda des USA, Christiné d’Autriche et Rosalinda d’Italie. Nous parlons anglais, je comprends tout ou à peu près, je m’exprime, on me répond.
Premier miracle du chemin !
MarcelLa seule photo valable du jour, Marcel, mon copain le lézard, qui ne m’a pas quitté d’une semelle pendant mes « écritures »


Cizur Menor

Puente la Reina

Cachet Cizur

(19 km)

Cachet Puente la Reina
Je suis partie à la nuit à 5h30, je suis réveillée depuis 4h.
Le lever du soleil sur les grands champs de céréales est fantastique.
Puis c’est les champs d’éoliennes. Lorsque l’on est juste en dessous, elles font un bruit d’avion qui décolle, c’est impressionnant.
Les Eoliennes

A l’Alto del Perdón, le vent est si puissant qu’il donne une réalité singulière aux sculptures des pèlerins.
Alto del Perdón

Puente la Reina.
J’y retrouve Marc, un pèlerin rencontré du côté de Saint Antoine en France.
Comme moi, il a repris le chemin, il ira jusqu’au bout cette fois.
Je me promène avec Christiné, nous allons voir ce fameux Puente (pont).
Christiné, c’est une paysanne autrichienne, toute petite, toute mince. Depuis qu’elle est jeune elle veut faire le pèlerinage. Mais son époux n’a jamais voulu la laisser partir. Alors, puisqu’il est mort l’hiver dernier, elle est partie ce printemps.
Christiné


Puente la Reina

Estella

Cachet Puente la Reina

(21,5 km)

Cachet Estella
J’ai fait une partie de l’étape avec Jean-François.
C’est un petit bonhomme, qui détale comme un lapin dans les descentes, mais souffle comme un train à vapeur dans les montées, parce qu’il est asthmatique.
La femme de sa vie est morte d’une maladie du coeur, il est parti sur le chemin pour tenter d’atténuer sa peine.
Il couchait au cimetière, le curé de son village lui a dit « il faut partir, va faire un pèlerinage ».
Il est parti de chez lui du côté de Bordeaux.
Et le voila, là, qui marche à coté de moi, qui renaît à la vie, je le sens. Il parle, il parle, il raconte tout...
Il y a des cailles qui courent devant nous, pas effrayées pour un sou.
Nous arrivons ensemble à Cirauqui. J’ai adoré ce petit village qui était exactement l’image d’Epinal que j’avais dans ma tête, concernant l’Espagne !
Cirauqui

J’ai trempé mes pieds dans une petite rivière limpide et glacée au milieu des jardins maraîchers, et je suis arrivée à l’Ermita San Miguel.
Ermita San Miguel

Puis à Estella
Le soir, nous sommes allés manger au restaurant, le traditionnel menu « pélégrinos », j’ai beaucoup ri, amusé la galerie. J’ai pensé que nous étions sûrement là chacun avec notre petite dose de malheur, mais que, sur ce chemin, le malheur des uns arrive parfois à faire le bonheur de tous.
mes amisDe gauche à droite Mike l’anglais, Evan de Singapour, moi, Sancho de Hongrie, Rosalinda d’Italie, Christiné d’Autriche, Brigitte d’Irlande


Estella

Los Arcos

Cachet Estella

(22,1 km)

Cachet Los Arcos
De cette étape, je me rappelle surtout les grands champs de céréales et les tamaris en fleurs.
Les Tamaris

Lorsque je suis arrivée dans la jolie bourgade de Los Arcos, les moutons sont arrivés avec moi.
Los Arcos, les moutons

Je n’ai pas oublié que j’ai une mission : ramener pour mon Elisabeth, une photo, un poster, d’une vedette espagnole qui passe dans un feuilleton sur M6 et dont elle est follement amoureuse (elle a 11ans !). C’est un très beau garçon, avec l’air un peu idiot, des abdominaux comme des tablettes de chocolat, des cheveux noirs de jais. Certains cherchent Dieu sur ce chemin, moi je cherche Miguel Angel Muñoz.
La patronne du supermercado pique un fou rire lorsque je lui explique ce que je veux, je suis sûre que c’est la première fois qu’un pèlerin lui demande un truc pareil. Heureusement elle a compris que c’était pour ma fille…
Los Arcos

Le soir au gîte, je prends des cours d’anglais avec Mike et Brigitte. Même Christiné m’aide. Je bosse les conjugaisons de base : I am, you are etc… Et comment dire l’heure. Impeccable, tout me revient. Seven o’clock ! On va manger ?
Mike, my teacherMême Christiné m’aide !

Non, d’abord on va à la messe et la bénédiction des pèlerins, ne serait-ce que pour le retable gothique impressionnant de l’église de Los Arcos.

Los Arcos

Logroño

Cachet Los Arcos

(27,2 km)

Cachet Logroño
Comme d’habitude, je suis partie à la nuit, sans faire de bruit. Mon sac est prêt, je glisse de mon lit comme une souris, je ne réveille personne, j’en suis très fière.
J’ai pu admirer Torres del Rio dans le petit matin.
Torres del Rio

L’étape est longue, je prends mon temps. Le chemin s’assèche, devient crayeux.
Le chemin blanc

Les derniers kilomètres pour Logroño sont un vrai cauchemar. J’ai chaud, ça monte, je suis dans le rouge. Un espagnol, la soixantaine, me cueille au passage. Je crois qu’il a vu que j’étais filmée, il m’encourage. Il parle trois mots de français, j’en connais deux d’espagnol, on se fait une petite conversation.
J’arrive tard au gîte a Logroño
, il y a la queue, les douches sont froides, il n’y a plus d’eau chaude… Pas grave.

Au restaurant le soir, le serveur est débordé. Il y a un vieux monsieur qui l’aide et qui a les mains qui tremblent. Quand il amène la soupe, il en renverse beaucoup à côté, nous sommes tous très mal à l’aise. Ce qui fait que dès qu’il arrive, nous nous précipitons sur l’assiette pour limiter les dégâts. Je lui ai fait un grand sourire pour lui montrer que ce n’était pas grave, il me l’a rendu au centuple. Il a bien voulu que je le photographie, j’ai dit que c’était pour mettre son sourire dans mes souvenirs, pour toujours.
Le vieux serveur

Evan, l’homme de Singapour, que nous appelons « le Chinese man » marche comme sur des œufs. Il nous montre ses pieds avant de se coucher : horreur !
Explosés d’ampoules, infectées pour la plupart…. Je lui lave les pieds sous la douche en lui disant :  « Evan, you know, Marie-Madeleine ? »
Puis c’est au tour de Catherine l’infirmière picarde, spécialiste « es ampoules », chirurgien à ses heures. Elle charcute, Bétadine® tout ça d’une main de maître, panse. Avec ça, demain, il ira d’une traite jusqu’à Santiago !

Logroño

Najera

Cachet Logroño

(28 km)

Cachet Najera
Je n’ai pas fait attention aux flèches jaunes en sortant de Logroño, je me suis perdue dans la ville, la tête ailleurs. Un maçon sur un chantier m’a accompagné sur un kilomètre au moins pour me remettre dans le bon chemin. Lorsque nous marchons à coté de l’autoroute, il y a un grillage très moche. Tous les pèlerins qui passent fabriquent une petite croix avec deux morceaux de bois, j’ai trouvé ça joli.

J’ai fait presque toute l’étape avec Szantó (on prononce Sancho), un jeune hongrois.
Sancho devant Navarrete

Je lui ai chanté toutes les chansons d’Edith Piaf que je connaissais, car il adorait et que c’était la seule chanteuse française qu’il connaissait. J’ai beuglé « Allez venez Milord », « Padam » etc.. il était aux anges. Après ça a été son tour, il m’a chanté des chants hongrois, guerriers pour la plupart. Au début d’une petite voix fluette, puis quand il a eu pris de l’assurance, il s’est mis à brailler comme moi ! J’ai drôlement aimé. Du coup, nous avons loupé un carrefour (encore) et c’est un petit pépé qui promenait son chien qui nous a remis dans le droit chemin.
Nous sommes arrivés à Najera, où il y avait la queue, comme d’habitude.
Najera

J’ai écumé la ville pour trouvé le poster de ma fille, en déclanchant toujours cette même hilarité chez les commerçants. Maintenant, je suis outillée, un jeune espagnol m’a écrit un petit message où j’explique ce que je cherche. Je tends mon papier, les gens commencent à lire d’un air très sérieux, puis ils s’esclaffent.
Elisabeth, ma petite poulette, ton hidalgo commence à me gonfler sérieusement…

Le soir, je ne suis pas allée au restaurant, j’ai un budget qui part en vrille. Fini de rire, c’est un pèlerinage, pas une sortie gastronomique…

Najera

Grañon

Cachet Najera

(28 km)

Cachet Grañon
C’est un jour sans.
L’étape est moche, j’ai mal aux genoux, particulièrement le droit. Mon sac pèse deux tonnes, j’ai mal au dos, il fait chaud, Dieu n’existe pas.
A Santo Domingo de la Cazalda, où je voulais faire halte, il faut payer pour entrer dans l’église, ça finit de m’énerver.
Je m’en vais, na !
J’arrive à Grañon. Comme j’ai bien fait de continuer ! Petit village aux nombreuses rues non goudronnées, aux vieilles maisons.
Grañon

Un groupe d’homme discute sur la grand place, je n’ose demander mon chemin, je me sens sale, blonde, et légèrement indécente avec mon short trop court qui contraste avec leurs beaux costumes noirs, un peu usés. J’hésite quelques minutes. L’un d’eux se détache du groupe et me dit « Albergue ? » « Si ! » Il me prend le bras et me conduit à l’église, sous les moqueries des autres hommes. J’ai compris qu’ils lui disaient quelque chose du genre « Tu te déplaces pour les filles, feignant !, pas pour les hommes ».
Il est tard, il n’y a plus de place au gîte, alors nous avons des matelas dans l’église, sur la partie en arrière, qui est surélevée, avec un balcon. Superbe, quand j’ouvre un œil, je vois de haut le choeur. J’ai pensé naïvement que si Dieu existait, il ne pouvait pas me louper. Quand j’ai été toute seule, pour être sûre, j’ai dit tout fort : « Eh Oh ! Dieu ? Tu m’as vue ? », ma voix a résonné dans l’église, j’ai trouvé ça extra. Du coup j’ai raconté ma vie, jusqu'à ce que quelqu’un arrive.

Le linge, il sèche dans le clocher :
Le clocher de Grañon

Depuis là-haut, je vois toute l’Espagne !
C’est l’Espagne !

Le soir, il y avait repas en commun, une paella extra, faite par Saladino un pèlerin espagnol.
La paella de Saladino

C’est le curé qui l’a servie. Après le repas il a dit « Maintenant c’est la messe, ceux qui n’y vont pas, font la vaisselle ». Nous sommes tous allés à la messe !
Il y avait une quarantaine de pèlerin et une douzaine d’habitants du village, l’église était comble. Pendant la bénédiction, le prêtre nous a dit des choses sympathiques que je n’ai pas comprises mais j’ai vu son visage s’adoucir. Et puis les villageois se sont mis à chanter, quelque chose comme « bravo ! », et j’ai compris « merci pour ce que vous faites pour nous, merci pour vos prières ». J’ai été très émue, et, la fatigue peut-être, je me suis mise à pleurer, sans bruits. Toutes les femmes se sont mises à pleurer, les hommes n’en menaient pas large. Le grand allemand à coté de moi est arrivé à se contenir, mais je voyais sa pomme d’Adam qui montait et qui descendait avec rapidité !
Dans mon duvet, je pleurai encore et je me suis endormie avec des hoquets, comme quand j’étais enfant et que maman m’avait couché après m’avoir donné une fessée.
Depuis ma chambre !

Grañon

Tosantos

Cachet Grañon

(20 km)

Cachet Tosantos
Il pleut, deux gouttes.
Sancho ! Dans la nuit, nous nous retrouvons.
Je n’ai rien vu de cette étape, j’ai parlé, chanté, ri, écouté, je me suis amusée, j’avais 25ans, comme ce garçon. Un parcours chaotique, une intelligence vive, c’est un jeune homme adorable. Je suis surprise qu’il se satisfasse de la compagnie d’une vieille comme moi. De toute façon les jeunes, en général, sur ce chemin sont vraiment exceptionnels. Les jeunes « normaux » et les crétins sont à Ibiza !
Nous sommes arrivés à Tosantos avec Saladino et Pedro, un jeune espagnol lui aussi très sympathique. Sancho qui marchait depuis 4h du matin, était mort….
Sancho récupère

C’est José Luis qui garde le gîte, il n’a qu’une exigence, c’est que le matin on ne bouge pas de notre lit avant 6h45, pour qu’il puisse dormir un peu, le pauvre. Je promets, moi qui suis une lève-tôt, de ne bouger ni pieds, ni pattes avant cette heure.
Le repas se prend en commun, il est donativo. C’est du riz au poulet cuisiné par Saladino. J’ai pas bien vu la différence avec la paella, mais chut !
Il y a Norbert le belge polyglotte avec un accent terrible, qui m’amuse. Il nous manquait du vin, nous avons tous donné un euro, les garçons sont partis au café du coin et sont revenus avec des tas de bouteilles du vin de la Rioja, tellement bon.
Oración y cena en común

Dans la maison, José Luis a transformé une petite pièce en chapelle, spartiate. De la moquette, on peut s’asseoir par terre, un petit autel. Il nous demande de lire dans notre langue des intentions de prière que les pèlerins avant nous ont laissé. La mienne est difficile, je la lis avec émotion. Je ne suis pas la seule, dans d’autres langues, les voix tremblent, les larmes sont proches. Dehors il fait nuit, seule la lumière de quelques petites bougies nous éclaire. José chante d’une belle voix douce, il fait chaud, je suis bien. On peut laisser un message pour ceux de demain ou d’un autre jour. A la fin de la saison José les porte en voiture à Saint jacques où ils sont brûlés. J’ai laissé une intention : « Sauvez Bénédicte de son cancer, surtout pour ses enfants qui sont encore si jeunes »

Tosantos

Agés

Cachet Tosantos

(23,5 km)

Cachet Agés
J’ai respecté la demande de José-Luis, je n’ai pas bougé avant 6h45, bien que je sois réveillée depuis 5h. J’ai écouté Pierre ronfler. Quand il ronfle ça fait : « HOOOOLLLLLAAAAAAAAAA », comme s’il saluait en espagnol, très, très fort . Déjà hier soir quand il avait commencé, avec Pedro, on avait piqué un fou rire.
Petit déjeuner en commun, avec du vrai café, bonheur...
Du coup, je suis partie avec tout le monde, Sancho, Pierre, Saladino, Pedro, Nick. Dans la grande montée de Montes de Oca, le brouillard nous enveloppe. Pedro chante des chansons espagnoles d’une belle voix grave.
Montes de Oca

Les paysages sont jolis, ils me font penser à ma chère Haute-Loire. Je lambine un peu, j’attends Mike et Christiné que je sais derrière moi, car je veux leur souhaiter « bon anniversaire ». Ils me rattrapent à San Juan de Ortega.
San Juan de Ortega

Je peux chanter « Happy birthday to you » !
Je pensais m’arrêter à San Juan, mais les douches sont glacées, et pour une fois, juste une fois, j’en voudrais une chaude ! Je voudrais aussi manger avec Mike et Christine pour fêter leur « 20 ans » …
Je repars donc, dans l’après-midi, juste après une averse orageuse.
Je marche seule dans le grand vent. J’ai pensé à « Regain » de Giono, mon livre préféré. Je me suis prise pour Arsule, sur le grand plateau d’Aubignane. Surtout qu’au loin, un pèlerin en poncho bleu marine avait des allures de Mamèche. J’ai senti le printemps dans le vent chaud, les graines qui germent, les feuilles qui explosent.
Comme dans « Regain »

Je suis arrivée à Agés
Maria qui habite juste à côté de l’église et qui a 86 ans, me l’a fait visiter.
L’église de Agés Maria, 86 ans

J’ai mangé avec Mike et Christiné, j’ai pu leur souhaiter un bon anniversaire et leur offrir un petit pin’s, pas trop lourd à porter.

Agès

Burgos

Cachet Agés

(21,5 km)

Cachet Burgos
J’ai beaucoup aimé cette étape. D’abord, ça a commencé par l’homme d’Atapuerca. J’ai trouvé cet homme préhistorique étrange et envoûtant.
L’homme d’Atapuerca

Puis Burgos, que l’on voit de très très loin…. J’arrive dans les faubourgs de la ville. Beaucoup de pèlerins prennent le bus ou le taxi, pour s’éviter cette portion de chemin. J’avoue ne pas bien comprendre la démarche. Parfois le chemin est plaisant, parfois il est difficile, voir ennuyeux. C’est le chemin… Pour apprécier les bons moments, il en faut de difficiles, il me semble.
Bref, je fais tout, à pied ! Et puis ces faubourgs sont agréables malgré tout ! Il y a là toute la vraie vie espagnole : enfants qui vont à l’école, vieux monsieur accroché à sa canne, ménagères qui discutent sur le pas de l’épicerie, étudiants qui s’amusent à l’arrêt de bus. Et puis les magasins, certains comme chez nous, d’autres vieillots aux noms exotiques. Droguería désuète, panadería, reposteria, supermercado. Je flâne, tout le monde me rattrape, je finis avec la bande..
Burgos

La cathédrale : magnifique ! Je visite.
Ce que j’ai préféré : Marie-Madeleine ! Je suis restée en contemplation devant ce tableau que j’ai trouvé : ahurissant de beauté, bien plus beau et plus doux que le saint Jacques écrasant les Maures dont on nous rabat les oreilles, ou plutôt les yeux !
Maria-Magdalena

Je prends mon temps, tout le monde est allé au gîte, les douches seront froides c’est pas grave…
Cathédrale de Burgos

Elles sont glacées !
Le soir, nous allons manger sur le campus, en face du refugio, car il n’y a pas de cuisine (cocina). 4 euros le repas, royal. En attendant le repas, nous faisons un petit baby foot comme lorsque nous avions 20 ans, filles contre garçons. Le tandem Jean-François/Mike a gagné de peu. Christiné faisait l’arbitre.
Baby foot

On mange au réfectoire, avec les étudiants, un plateau complet avec des petits tapas en entrée.
Au réfectoire

Burgos

Hontanas

Cachet Agés

(30 km)

Cachet Burgos
Plateau dénudé. Rien.
Je suis avec mon petit cahier, à l’ombre du seul arbrisseau décharné de la plaine. Cailloux, chants d’oiseaux sibyllins, grillons-fanfare. Au loin, dans la brume, la ligne bleutée d’un massif montagneux. Très petit, très loin. Là-bas vers la côte, il y a mon copain Jean-Pierre, qui marche cet année sur le Camino del Norte. J’avais pensé le rejoindre à Santiago, mais il est parti bien avant moi, le 22 avril.
Rien, toujours. Le gîte est encore loin, peut être n’aurais-je plus de place ?
Parfois un pèlerin passe : « Hola !» J’attends qu’il soit passé pour reprendre ma méditation.
Plateau

Il faut faire un petit détour de 500 mètres pour atteindre San bol, une oasis verdoyante dans l’éclatant soleil espagnol.
San Bol

Pèlerin arrête toi ! La légende dit que si l’on trempe ses pieds dans l’Arroyo San Bol, on est sauvé des ampoules pour tout le chemin. J’y ai mis les mollets aussi, puis les bras et la figure…
Arroyo San Bol

Je reprends ma longue marche. Un panneau « HONTANAS 500m ». Ah bon ? Je ne vois rien que le plateau. Ou est le village ? Dans un trou… Tout à coup, le voila !
Il est beau !
Hontanas

Hontanas:
Tout le monde couche au refuge privé tout neuf à l’entrée du village, je préfère pour le même prix, le municipal. Je veux que ma maigre contribution profite au plus grand nombre, plutôt qu’à un seul propriétaire. Et c’est une bonne idée ! Les douches sont chaudes, le gîte en pierres de taille un peu vieillot, mais ce sont les femmes du village qui se relaient pour le tenir.
La jeune femme qui m’accueille est jolie comme tout, elle imite les perdrix à ravir et m’explique les petits pièges que j’ai vu sur le chemin.
Le linge sèche dans la rue.
Le linge à Hontanas

J’ai retrouvé Catherine mon infirmière picarde et Jean-François mon veuf bordelais. Ils ont tellement changé depuis que nous sommes partis ! Jean-François a du perdre 20kilos, il met les deux bras dans son short pour qu’il tienne sans bretelles. Catherine dont le visage fermé, l’air limite revêche n’inspirait pas la confidence, est transformée. Elle rit, elle est belle, légèrement bronzée, gaie, on a envie de l’entendre parler. Je mange avec eux, nous avons sortis une table dans la rue, pour manger au soleil, il passe une voiture tous les deux jours ici. Nous déplaçons la table avec le soleil tout au long de la soirée. C’est un petit repas entre frenchies ! Pour toujours, ces deux là sont dans mon cœur.
Jean-François

Le temps est magnifique, la soirée douce, mon lit douillet.

Je ne sais pas quel jour nous sommes.

Hontanas

Boadilla del Camino

Cachet Hontanas

(27 km)

Cachet Boadilla del Camino
Etape « architecture » ! D’abord les ruines du couvent de San Anton, et puis Castrojeriz avec sa forteresse templière dans le lever du soleil. Quelle beauté !
Castrojeriz

Puis une montée infernale nous ramène sur un plateau désolé, champs verts et violets de pois qui se découpent sur le ciel bleu si pur. Le vent forme des vagues dans les champs de céréales, c’est une tempête d’avoine et de blé.
Tempête céréalière

A Itero de la Vega, le soleil me rattrape, et me grille le chapeau.
Les moutons qui sortent de Boadilla del camino, ont la même tête que moi, ils ont l’air écrasé par le soleil.
Les moutons de José à Boadilla

Le gîte : municipal, 12 lits. Nous sommes en famille ! Il y a là Mike, Rosalinda, Sancho, Catherine et Jean-François, Bétina une jeune autrichienne aux allures de hippie, adorable et discrète, qui marche avec nous depuis plusieurs jours.
A côté, un bar. Un vrai bar espagnol. Vino tinto, pour moi et Rosa. On picole gentiment au soleil, sur le grand banc devant le gîte. Ambiance : comme à la maison… Chacun écrit ses mémoires, fait sa petite lessive, papote… J’ai donné un bâton de marche à Jean-François qui avait des problèmes de genou, je me suis acheté à Burgos un petit bâton en bois que je fais graver par les pèlerins que j’affectionne. Mike s’ouvre le pouce avec mon canif suisse, on opère rapidement.
Il n’y avait pas de cocina, nous sommes allés au restaurant. Il y avait un monde fou, du bruit, j’étais fatiguée.
J’ai été contente de rentrer dans mon petit gîte, avec mes amis, j’ai dormi au-dessus, au même « étage » que Sancho et Bétina, et j’ai été terriblement heureuse.
Le chemin d’aujourd’hui, en m’endormant… Le chemin d’aujourd’hui, en m’endormant…


Boadilla del Camino

Carrión de los Condes

Cachet Boadilla del Camino

(26 km)

Cachet Carrión de los Condes
Rosalinda, l’italienne, m’a demandé si je voulais bien la réveiller, pour partir avec moi, à la nuit. J’ai failli dire non, je suis si craintive de perdre ma liberté.

Tout le long de cette étape, les grenouilles ont chanté pour nous. Est-ce leurs coassements graves, leurs chants ininterrompus qui m’ont rendu si nostalgique ? J’ai raconté ma vie à Rosalinda.
Dans mon pauvre anglais, j’ai réussi à lui dire mes doutes, mes craintes, ma peur de la mort, cette insoutenable épée de Damoclès qui me pèse tant. Mes espoirs, ma joie, et surtout, surtout, cette indéfectible envie de vivre qui me tenaille.

Elle m’a serrée dans ses bras, j’ai été très émue.
Elle m’a parlé de sa vie à elle, de ce grave accident dont elle s’était sortie sans séquelles. Elle n’avait pas d’enfant, elle passait sa vie à voyager et connaissait des tas de pays au bout du monde, des peuples différents.

Elle a dit que de tous ses voyages merveilleux, celui-ci était le plus riche, le plus beau, le plus extraordinaire.
Rosalinda

Nous ne nous sommes quasiment pas quittées de la journée.
A Carrión de los Condes , nous sommes allées ensemble au gîte. Après la douche, nous nous sommes payées des tapas, puis des petits gâteaux dans une boulangerie.

Le soir, nous avons mis nos denrées en commun et ce fut un repas de roi, avec tous nos amis retrouvés.

Carrión de los Condes

Lédigos

Cachet Carrión de los Condes

(24,6 km)

Cachet Lédigos
Ça a commencé dans la nuit, vers 4h du mat. Je m’étais levée pour aller aux toilettes, un pèlerin m’a embrassé et m’a dit « Joyeux anniversaire ! »

Après, ils me l’ont tous chanté, tout le long du chemin…

Mike m’avait acheté un petit foulard avec des coquilles, Christiné une croix de pèlerin en bois, Sancho un pendentif cadran solaire, Rosalinda un livre sur les légendes du Camino et une peluche représentant une pèlerine. Catherine m’a écrit un mot très émouvant. Bétina m’avait acheté une énorme fleur, un soleil aux pétales rouges, que j’ai arboré fièrement sur mon sac à dos, toute la journée.
Il y avait une grande carte aussi, avec un message de tout le monde, même certains que je ne connaissais pas. Tous m’embrassaient, me félicitaient.

Toute la journée, dés que j’approchais, j’entendais « Happy birthday to you ».
Je me suis sentie quelqu’un de très important.
Jean-François a acheté du vin pour fêter ça, et le soir, à Ledigos, Rosalinda a préparé des pâtes à l’italienne en guise de gâteau d’anniversaire, j’en ai repris quatre fois…
On a pas tous les jours vingt ans !
Joyeux anniversaire !

Lédigos

Calzadilla de los Hermanillos

Cachet Lédigos

(30 km)

Cachet Calzadilla de los Hermanillos
Je n’ai pas suivi le Real Camino, j’ai pris la variante « voie romaine » à Calzada del Coto, je ne voulais plus suivre la route nationale. Comme j’ai bien fait ! Personne, je suis seule dans cette garrigue, légèrement étouffante.
Pause à Calzada del Coto

Mais il y a la fontaine aux pèlerins, petit havre de fraîcheur juste avant d’arriver où je peux tremper mes pieds (sans ampoules).
La fontaine des pèlerins à Calzadilla de Los Hermanillos Mes pieds ! Ahhhhhhhhhh !
Calzadilla de Los Hermanillos : l’Espagne, comme dans mes romans. Le gîte est une grande bâtisse à l’entrée du village, aux fenêtres grillagées de fer. Un chien étalé comme une crêpe au soleil, des gamins qui jouent dans la rue avec des petits cailloux. Un chat famélique me passe sous le nez.
Le vent fait voleter un peu de poussière dans la fournaise, l’après-midi fait la sieste dans les maisons fraîches et closes.
Dans le gîte ouvert, personne… Je n’ose pas m’installer, j’ai juste posé mon sac, près d’un lit. Un gamin, me regarde par la fenêtre. Il a les cheveux en pagaille, de beaux yeux bordés d’un fin trait noir, la peau mate, les dents comme des petites perles.
Je le regarde avec insistance, il me fait une horrible grimace. Je lui tire la langue, il s’enfuit en riant.
10 minutes plus tard, ils sont trois derrière la fenêtre.

Rosa, Sancho, Cintzia ont pris le même chemin que moi, nous décidons de cuisiner ensemble.
« Perdone, Señora, Supermercado ?" Nous n’y croyons guère, dans ce petit village de quelques âmes…
Si ! La dame nous accompagne jusqu'à une maison, sans devanture. On entre chez les gens, et là  : la caverne d’Ali Baba ! Le patron, qui a l’habitude des pèlerins, nous fractionne, l’huile, le sucre, le lait… Du vin pas cher, des œufs, ce soir : c’est tortilla à la francesca (omelette à la française, au fromage)
La caverne d’Ali Baba


Calzadilla de los Hermanillos

Mansilla de las Mulas

Cachet Calzadilla de los Hermanillos

(24 km)

Cachet Mansilla de las Mulas
Aujourd’hui, j’ai marché « à vide ». Pour la première fois depuis que je suis partie, je marche sans penser, ni à ma famille, ni à mes amis, mon travail, ma santé, rien. Rien dans ma tête et dans mon corps, j’ai mis le pilotage automatique. Je suis seule, le paysage est vide lui aussi, platitude infinie, rien de rien…
J’ai la sensation d’être un robot bien huilé, je marche, je marche. Mes rotules fonctionnent à merveille, j’ai des pieds parfaits.
Alors, pour combler ce vide, j’ai commencé à murmurer : « Dieu sauve-moi ! »
Je l’ai dit tout doucement, 1000 fois. Pied gauche : « Dieu », pied droit : « Sauve-moi »…
Des kilomètres de demande.
On ne sait jamais ?

Dans le lointain tout à coup je vois… Un lama ??? Non, c’est une grosse bestiole, genre autruche, je pense. Elle s’envole à mon approche, gigantesque !! Un énôôrme oiseau. J’ai pensé qu’elle s’était peut-être échappée d’un cirque ambulant ?

Le soir, à MANSILLA DE LAS MULAS, quand j’ai raconté mon histoire, j’ai déclanché l’hilarité générale surtout que j’ai mimé l’envol de la bête, c’était grandiose. Tout le monde m’a demandé ce que j’avais fumé, ou bu… Certains misaient sur une cigogne géante, d’autre sur une poule gavée aux OGM, d’autre encore sur un vautour qui aurait dévoré un taureau.

L’hospitalera, m’a écouté et rassuré, cette bête existe bien, c’est une Avutarda, ou une Outarde en français. C’est un oiseau très rare, de la région de León, qui peut peser jusqu'à 16 kilos !!!!
L’Outarde de Léon

EH BEN, MOI JE L’AI VUE !

Mansilla de las Mulas

León

Cachet Mansilla de las Mulas

(18 km)

Cachet León
Courte étape, que je fais avec Rosa, Cintzia, Sancho. Une fois n’est pas coutume.
J’ai moins besoin de solitude à présent, je le sens.
Nous sommes le long de la route, c’est moche. De toutes façons nous ne voyons rien, bien trop occupé à discuter…
Arrivée à León

Nous arrivons tôt, comme nous le souhaitions, il y a tant de choses à voir.

J’ai fait un colis des dernières affaires que je pouvais enlever de mon sac à dos, j’ai réussi à virer 1,7kg de guides, de fringues. J’ai dit en plaisantant que je finirais à poil à Saint Jacques, beaucoup m’accompagneront « pour voir ça ! »
Nous visitons, la cathédrale, la ville. Pause cyber-café, nous restons une heure à jeter sur Internet des messages d’amour à nos familles avec un petit café "con leche".
Nous visitons León

Le soir, morte de fatigue, je suis dans mon lit à 20h. Sancho est à coté de moi, sur l’étage au dessus. Il me fait lire du hongrois et il s’amuse de mon accent français. Il lit du français et c’est mon tour de me moquer.
Je lui raconte des blagues un peu salaces, en anglais, qu’il comprend à retardement car mon vocabulaire est très insuffisant et nous rions comme des gamins, jusqu'à ce qu’une dame nous regarde avec des gros yeux.
Nous dormons super bien, ils ont séparé les femmes des hommes, les ronfleurs sont dans une autre pièce. L’hospitalera a du croire que j’étais avec Sancho, pour l’installer à coté de moi. Il est orphelin, il a perdu ses parents très jeune, mais sur le chemin, c’est un peu mon fils.
Je suis très fière d’avoir un fils comme lui.

León

Villar de Mazarife

Cachet León

(21,5 km)

Cachet Villar de Mazarife
De cette étape relativement monotone, je ne retiens que : le gîte de Jésus !
D’abord c’est la façade peinte aux couleurs vives, puis les murs ornés de poèmes, puis les chambres oranges aux vieux carrelages rafraîchissants.
Chez Jésus Ma chambre  qui donne sur la ruelle
Le bateau de viking, au fond du jardin
Le bateau de Jésus Catherine et Jean-François
Nous nous y retrouvons tous. Sancho et Brigitta une compatriote hongroise rencontrée sur le chemin, nous invitent à un traditionnel repas hongrois : pâtes aux légumes et salade surprenante avec beaucoup d’épices dans une bassine bleue (est-ce celle où on lave les chaussettes ?) Très bon !
Il est cinq heures de l’après midi et nous mangeons et buvons comme si nous avions faim.
Repas hongrois

Jésus a ouvert l’église rien que pour nous. Il y a un grand Saint Jacques. Je n’ai rien demandé pour une fois, j’ai juste dit merci.

En revenant, nous avons recommencé à manger avec les italiens (en plus de Cintzia et Rosalinda) Rita, Nando, Giovanni, et Lucianna. Enfin, quand je dis manger… Picoler, oui !

Quelqu’un a vu mon lit ??? Youhou !! mon lit ?? Where is my bed ???

Villar de Mazarife

Astorga

Cachet Villar de Mazarife

(31 km)

Cachet Astorga
Je pars tôt, seule. Les paysages redeviennent jolis.

Un lapin ! Poursuivi par trois chiens. Je m’arrête, je ne bouge plus. Lorsqu’il me voit, il stop net. Il me regarde de son oeil de côté, je vois sa poitrine se soulever à un rythme effrayant, il est terrorisé. C’est moi ou les chiens. Sur les cotés, des murs, un grand fossé rempli d’eau. Il file, pratiquement entre mes jambes! Je me place au milieu du chemin, avec mon bâton, les chiens ne passeront pas. Je suis déterminée et impressionnante, les chiens m’aboient, mais reculent. J’ai sauvé Bugs Bunny !
Puis c’est les grenouilles, elles coassent comme des folles.
Je finis mal, je suis fatiguée, la chaleur est terrible, l’étape est longue. Impression de cuire dans mon jus.
Astorga depuis la crucero de Toribio

J’arrive écarlate à Astorga.

C’est une ville magnifique, avec une cathédrale somptueuse, surtout de l’extérieur.
La Cathédrale d’Astorga Le palais épiscopal
Le gîte municipal se trouve au bout d’une grande promenade sur des remparts d’où l’on voit la plaine. Bien, avec une immense cuisine et des douches chaudes.
Sancho, Rosa et moi avons fait les courses et j’ai préparé avec leur aide un repas “à la française”. Salade de riz composée, sauce vinaigrette, puis salade de fruits, pain, vin. Facile et simple.
Nous mangeons tous autour de la grande table. Nous sommes 10, le repas revient à 1,20 euro par personne. Merci Supermercado Gadis !
Il y a aussi Dieter l’Autrichien, qui ne dit jamais rien et qui a toujours l’air si triste.
Je lui ai pris le bras et je lui ai dit :”Come on, with us”. Il a souri, enfin…
Il mange de bon coeur.
Souper à Astorga 


Astorga

Manjarin

Cachet Astorga

(29 km)

Cachet Manjarin
Quelle étape magnifique ! Enfin, la montagne… Je suis à Foncebadón à 12h, il y a déjà la queue. Il faut attendre 15h pour l’ouverture du gîte. Je n’ai pas envie de rester là, à “garder ma place” . Rosalinda arrive, je lui propose de continuer un peu sur Manjarin. Elle accepte.
Les fleurs, sont extraordinaires :
Les fleurs de Foncebadón

La Cruz de Ferro !
La Cruz de Ferro

J’ai laissé, comme le veut la tradition, un caillou au pied de la croix. J’avais inscrit le nom de toute ma petite famille sur les deux faces d’un galet du gardon de Mialet, dans les Cévennes, mon pays de cœur.
Mon caillou A la Cruz
Nous dormons à Manjarin, chez Tomás le templier. Les douches sont un abreuvoir au fond du champ, les wc un trou où l’on jette une pelletée de chaux après usage.
Rosa « à la douche »

Le matelas est noir de crasse, sous les combles d’une mansarde où l’on accède difficilement.
Mais… Les paysages, l’ambiance, le bazar environnant, les meubles faits de bric et de broc, tout me plait.
Chez Tomás, le grand bazar Interdit de faire caca dans le jardin !
On ne se lave pas, juste les pieds, on verra demain.
Tomás nous offre une soupe délicieuse, de la salade composée et une pomme.
Le repas avec Tomás

Après avoir chanté mon répertoire de chants moyenâgeux à deux jeunes américaines, je suis allée me glisser toute habillée dans mon duvet sous ma grosse couverture : elle pue et il fait un froid de canard.
Le vent a redoublé d’audace dans la nuit, j’ai dormi comme un loir.

Manjarin

Ponferrada

Cachet Manjarin

(22,7 km)

Cachet Ponferrada
Je suis partie après le petit déjeuner “donativo” avec Rosalinda. Elle marche devant moi, elle ne me parle pas, sauf si c’est moi qui lance la conversation.
Je chante derrière elle.
Parfois quand je suis fatiguée, elle se retourne et dit : « Do you want to drink ? ».
Elle payerait tout, si je la laissais faire.
Molinaseca

Pour entrer dans Ponferrada, on peut prendre un raccourci par la route, mais nous prenons le chemin le plus long, qui passe par les champs, nous avons le temps.
Nous rencontrons juste « the crazy man » un pèlerin très bizarre qui court avec son sac à dos et escalade les grilles des propriétés. Il y a aussi « bio-ionique woman », une autrichienne qui marche vite et nous dépasse toujours. Aujourd’hui nous essayons de la semer… La tête baissée, nous marchons d’un bon pas. Après une côte, c’est fait, elle n’est plus là !!!!
En fait, nous nous sommes trompées, elle a pris la bonne route, nous sommes montées au centre ville !
Arrivées au gîte, elle est là, assise sur une chaise, tranquille… Pfffff !
Le gîte de Ponferrada

Le gîte est tout neuf, très confortable, j’y reste toute l’après midi à écrire et à discuter avec Andréas qui m’a expliqué que comme moi, il avait marché la tête vide aujourd’hui.
Je n’ai pas eu le courage de monter au château, j’ai juste fait de la ratatouille pour tout le monde.
Il y avait une bénédiction à la chapelle qui touche le refugio, j’y suis allée. Le prêtre nous a demandé de lire le Notre Père chacun dans sa langue, j’ai trouvé ça très joli. La prière a été dite en anglais, allemand, italien, portugais, espagnol, français, norvégien, et Sancho a terminé en hongrois.

Ponferrada

Villafranca del Bierzo

Cachet Ponferrada

(22,8 km)

Cachet Villafranca del Bierzo
Je suis partie avec Rosalinda, elle m’a demandé de la réveiller. J’ai dit oui sans hésiter.
Les paysages sont jolis, vallonnés, avec beaucoup de vignes :
Le gîte de Ponferrada

A Cacabelos, nous visitons l’église. Je suis surprise et légèrement effrayée par un christ « grandeur nature » avec de longs cheveux humains, noirs, qui tombent en cascade sur ses épaules. Rosalinda m’a murmuré « too much, no ? »
Le Christ de Cacabelos

Nous voici à Villafranca del Bierzo.
Le gîte surplombe la petite ville, j’ai trouvé que cela ressemblait beaucoup aux Pyrénées, c’est très beau.
Avec Rosa et Cintzia, nous nous sommes promenées dans la ville et nous avons vu ses nombreuses églises. A la terrasse d’un café, nous avons retrouvé Isabelle, une brésilienne sympathique. Nous n’avons pas vu son mari, nous lui avons donc demandé de ses nouvelles, elle nous a répondu qu’elle l’avait laissé à la Cruz de Ferro !
Le soir, avec Rosa, Cintzia et Sancho qui nous avait rejoint, nous avons mis en commun ce qui nous restait à manger, histoire d’avoir des sacs plus légers pour l’ascension du Cebreiro demain. C’était un peu maigre, mais Sancho avait du bleu d’Auvergne et Gilles le Québécois nous a offert du vin….
Du pain, du vrai fromage, du vin : Allez la France !
Villafranca del Bierzo

Villafranca del Bierzo

O’Cébreiro

Cachet Villafranca del Bierzo

(27,4 km)

Cachet O’Cébreiro
Je réveille Rosalinda à 5h, j’ai fait du café en poudre, préparé un peu de pain avec du miel. Elle fait aussi peu de bruit que moi, ça me va.
Nous n’avons pas pris le « chemin Jato » réputé pour être épuisant physiquement et très éprouvant. Nous avons pris la route dans la vallée de Valcarcel.
C’est dimanche, il n’y a personne.
C’est dur, c’est beau, nous montons bien. Pas vite, mais hyper régulières. Nous rattrapons et dépassons tout le monde, nous sommes des machines à marcher.
Rosa qui monte

Je nous appelle les sérial killeuses. J’ai monté les 700m de dénivelé après une étape de 28kms, « les doigts dans le nez ».
C’est la première fois que j’ai pensé aussi fort que j’étais guérie.
Même Rosa m’a demandé : « What did you smoke today ? »

O’Cebreiro !
La Bretagne, en Espagne. C’est très joli, très touristique. Une église très douce, avec une Vierge attendrissante, un Calice comme un Graal. Des bars, des restaurants et quelques maisons aux toits de paille, les pallozas.
Sancho devant O’Cébreiro

Après la visite, nous nous reposons dans notre chambre, j’ écris, nous plaisantons et préparons l’étape du lendemain.
Cintzia et Sancho, out

Le soir, nous allons déguster la spécialité galicienne le pulpo (le poulpe) au restaurant.
Le pulpo avant Le pulpo après
Grande salle grise en granit, au plafond un peu bas, avec de toutes petites fenêtres d’où l’on voit l’éclaircie après la pluie, l’eau qui ruisselle sur les toits. Une bonne chaleur un peu étouffante qui contraste avec le froid d’altitude de dehors. Une épaisse odeur de cuisine.
Je suis crevée, j’ai un peu bu, j’ai bien mangé, je suis à des années lumières de chez moi, avec des étrangers qui sont à présent comme mes frères et sœurs.
Le repas de pulpo

Après le repas, nous sommes allés nous finir dans un bar avec un « orrucho-café » (je ne sais toujours pas comment ça s’écrit, je sais juste le commander et le boire ), une liqueur au goût de café qui torpille un pèlerin en moins de dix minutes.
En rentrant, je ne marchais pas bien droit, mais les Italiens non plus…
Retour au bercail


O’Cébreiro

Monastère de Samos

Cachet O’Cébreiro

( 31 km)

mais pour nous 40 !
Cachet Samos
Folles… Nous sommes folles…
Nous sommes parties à la nuit, Rosa et moi, dans le vent glacé et la pluie qui nous fouette le visage. Je ne vois rien, je ne sais plus où est le chemin. Nous marchons à l’aveuglette. Sur cette lande découverte, où nous montons toujours, nous sommes la proie des bourrasques de vent, de pluie, de grésil. Il fait un froid abominable. J’ai peur que nous nous perdions, je me sens responsable de ce départ trop matinal.
Puis heureusement, nous redescendons légèrement, nous retrouvons un bois, un chemin sans équivoque, une accalmie. Soulagées, nous avons plaisanté sur notre inconscience. Rosa m’a demandé si mon mari avait une toute petite idée de ce que je faisais sur le Camino ?
Quelques kilomètres plus loin, j’entraîne à nouveau Rosalinda sur une route que je crois être un raccourci. Erreur ! 5 kilomètres de descente dans un enfer vert de toute beauté pour atteindre un hameau où la route cesse ! Nous demandons notre chemin à une vieille femme, elle ne parle pas le castillan, nous ne comprenons rien à ce qu’elle nous dit. A priori, nous sommes perdues, par ma faute. Il faut faire demi-tour et tout remonter. Je suis fumasse, surtout contre moi-même. Pas une voiture pour faire du stop, il n’y a que des arbres, de l’herbe, du vert partout.
L’enfer vert

Enfin, le bon chemin ! Nous avons fait 10 km de plus, c’est sûr…
Les paysages sont magnifiques, il a cessé de pleuvoir après l’Alto de Poio.
Au boulot !

A Triacastella, nous laissons Sancho, Catherine, Jean-François et Brigitta qui nous ont rejoint, nous continuons sur le Monastère de Samos.
Cette fin d’étape est interminable sous le soleil et la chaleur retrouvés.
Rosa à la pause « café con leche »

Le Monastère de Samos
Dans un écrin de verdure. Comme j’ai bien fait de nous traîner jusque là !
Le Monastère de Samos

Le gîte est spartiate, mais les murs sont peints de d’amusantes scènes de pèlerins.
Les pèlerins peints

Il n’y avait pas de cuisine, pas de place pour pique-niquer, nous sommes allées dans un petit restaurant avec les Italiens. Je suis rentrée en courant à 19h30 pour aller entendre les chants grégoriens, mais je suis arrivée trop tard, le prêtre était déjà passé pour chercher ceux qui voulaient y assister. J’ai essayé de gratter à toutes les portes, mais le monastère est une citadelle inviolable.
Alors pour me consoler, j’ai pensé aux disques de mon copain Jean-Pierre que j’ai à la maison et je me suis endormie en pensant à lui, marchant sur le Camino del Norte.


Samos

Ferreiros

Cachet Samos

(27,5 km)

Cachet Ferreiros
Ce matin, je suis grognon. Tout m’agace, je ne sais pourquoi. Je n’entends pas les oiseaux, je ne vois pas les fleurs.
A Sarria, chocolat et croissants me rendent ma bonne humeur ! Il est vrai que nous sommes parties sans déjeuner. Du coup, je regarde à nouveau la nature :
Digitales roses Comme la Bretagne !
Arbres séculaires, petits murets gris de pierres sèches, champs bien verts, chapelles, maisons aux toits d’ardoises, c’est vraiment la Bretagne.
A Barbadelo, Antonio a tamponné notre crédentiale dans la petite église de Santiago et il a écrit son nom d’une main toute tremblotante.
Nous avons mangé un plato combinato pour 5€ à Morgade sous l’œil de deux chiens gentils et fins gourmets qui ne mangeaient pas le pain, mais seulement la tortilla.
Tu m’en donnes ?

Au gîte de Ferreiros , j’ai pu faire une lessive, j’ai partagé les frais et les habits sales avec deux pèlerins masculins. J’ai eu un petit pincement au cœur en mélangeant mes petites culottes avec leurs grosses chaussettes puantes, mais bon… « Pélégrino ! »
Le tout est revenu, propre, sec, sentant bon la lessive, pour 1€ !
Le soir, Åshild (je prononce Osselle, c’est impossible à dire) une jeune norvégienne nous a demandé si elle pouvait venir manger avec nous.
Il n’y a pas de cuisine, nous allons au restaurant, mon budget n’en est plus à ça près. Il y a aussi Rob, un écossais, nous discutons tous ensemble, je m’exprime bien. J’ai fait des progrès hallucinants en anglais, encore un mois et je donne des cours !
Pour la première fois au dessert, il y avait de la tarte de Santiago. Cela ressemble à la visitandine de chez nous, un gâteau aux amandes, avec une croix de Santiago en sucre glace dessus :
La tarta de Santiago


Ferreiros

Palas de Rei

Cachet Ferreiros

(35 km)

Cachet Palas de Rei
Je suis partie à 5h. Je n’ai pas réveillé Rosalinda, j’avais besoin d’être seule.
Au début, je suis contente. Puis rapidement, Rosa me manque. Personne pour boire un petit café avec moi à Portomarin. Pas de petit pantalon rouge dans ma ligne de mire. Moi si solitaire jusque là, que m’arrive-t-il ?
Portomarin

Il y a des pèlerins partout, des tout neufs ! Bien habillés, propres et peu chargés. Il est vrai que nous sommes dans les 100 derniers kilomètres qui suffisent à obtenir la Compostela. Beaucoup d’Espagnols marchent pour le week-end.
Je me retourne souvent, lambine un peu, j’attends Rosa. Je laisse des messages dans les graviers du chemin « Rosa I wait for you ».
J’aime marcher avec elle, parce qu’elle m’accompagne…
La voila ! Avec Åshild. Nous mangeons toutes les trois dans le chaud soleil d’Eirexe, puis reprenons le chemin en plein cagnard.
Åshild et moi, par Rosa

Nous parlons beaucoup, de tout et de rien, le temps et les kilomètres défilent… Nous arrivons tard à Palas Do Rei, le gîte est complet. C Comme l’hospitalera n’est pas là, nous sommes montées sous les combles dans une petite pièce avec de vieilles banquettes qui feront l’affaire pour dormir.

Dans la cuisine : pas une assiette, ni verres, ni casseroles… rien.. Tant pis, je pique-niquerai, mon porte-monnaie est vide.
Les filles sont parties au restaurant, je reste seule avec mes vieilles banquettes… Impossible ! Je saute dans mon short, je cours les rejoindre…
Je demanderai un prêt à la banque.
Sur un bout de nappe en papier, Stéfano a passé la soirée à me donner la recette du véritable risotto italien.
Restaurant à Palas Do Rei


Palas de Rei

Ribadiso de Baixo

Cachet Palas de Rei

(25,5 km)

Cachet Ribadiso de Baixo
Nous sommes parties tôt, toutes les trois.
De l’étape, je n’ai retenu que les grandes forêts d’eucalyptus. Et puis cette envie que j’ai eu, quelques minutes, de rentrer chez moi. J’ai été soulagée, je croyais que jamais plus je n’aurai l’envie de quitter ce chemin merveilleux.
Je ne suis pas une femme, ni une mère indigne, ouf !
J’ai relu les petits SMS de mes filles, ce n’est que « On t’aime fort », « On pense à toi ».
Et ma grande ! Elle m’a écrit : « Je pense tout le temps à toi, avec fierté, admiration et joie. Te savoir heureuse, me rend heureuse. J’avoue que je ne pensais pas que j’aurai des sentiments aussi forts, mais c’est en te sachant très loin que je suis en train de m’apercevoir combien je t’aime(….) Je t’aime, maman, guéris vite ! »
Je suis payée cash et avec les intérêts, de tout l’amour que je leur porte.

Le gîte de Ribadiso de Baixo : parfait ! Au bord de l’eau.
Le pont de Ribadiso, depuis le gîte

Nous n’avons pas trouvé de supermercado, je n’ai rien à manger.
Nous sommes allées souper toutes les trois au petit bar et nous avons parlé longtemps après le repas, devant la vue sur Arzúa.
Avec Åshild à Ribadiso


Ribadiso de Baixo

Arca O’Pino

Cachet Ribadiso de Baixo

(21 km)

Cachet Arca O’Pino
Nous sommes parties tôt, Rosa et moi, Åshild voulait faire la grasse matinée.
L’étape n’est pas difficile, toujours les immenses forêts d’eucalyptus, légèrement monotones. La pression monte, demain nous serons à Santiago sûrement…
Je voulais faire une étape de fou et aller jusqu’au Monte Del Gozo, mais la patronne du petit bistro charmant dans le lequel nous avons bu un café avec Rosa nous en a dissuadé. Elle nous a dit que c’était moche, sans âme. Comme un terminal d’aéroport.
Du coup, nous optons pour Arca O’Pino. Les Italiens Stéfano, Luciano, et Nicolas nous ont rejointes . Pas de Sancho, ni Jean-François, ni de Catherine. « Radio chemin » m’apprend qu’ils sont derrière, à une ou deux étapes, j’espère tant qu’ils nous rejoignent.
Stéfano nous propose de préparer le risotto dont il est le spécialiste : nous sommes d’accord !
D’abord, courses à l’italienne :
Les courses à l’italienne

Puis la préparation, c’est tout un art. Stéfano cuit le risotto avec l’aide de Luciano, Rosalinda lave la salade, Nicolas coupe le fromage et met le couvert, Åshild et moi, nous faisons semblant d’aider et nous prenons les photos.
Le risotto de Stéfano

Quand nous allons manger, il y a devant chaque assiette un souvenir pour chacun, un petit séchoir galicien en terre cuite. C’est le discret Nicolas qui l’a acheté. Il ne fait pas de bruit, il ne parle pas beaucoup et je suis surprise et touchée par une telle attention.
Toute ma vie, chaque fois que je regarderai ce petit souvenir, je retrouverai le goût du risotto, la couleur de la pièce dans laquelle rentrait à flot le soleil de fin de soirée et cette impression d’être liée pour la vie à ces amis du Camino.

Le risotto de Stéfano

Arca O’Pino

SANTIAGO DE COMPOSTELA !!!!!!

Cachet Ribadiso de Baixo

(21 km)

Cachet Santiago
Pendant cette journée et les quatre autres qui ont suivi pour aller à Cap Finisterre et Muxia, je n’ai fait que pleurer, rire, pleurer, rire d’émotion, de joie.

J’ai sorti mon petit mouchoir en coton que j’avais porté pendant tout le pèlerinage pour le jour fatidique, car je savais que j’allais pleurer comme une madeleine.

A Santiago de Compostela
J’ai commencé par pleurer avec Rosa sur la place devant la cathédrale. Les gens nous ont regardé, attendris…
Santiago avec Rosa !

J’ai pleuré à la messe du matin, lorsque le Botafumiero s’est envolé dans le transept de la Cathédrale.
J’ai senti une main sur mon épaule et j’ai pleuré dans les bras du monsieur espagnol, dont je n’ai jamais su le prénom, mais qui m’a suivi de nombreuses étapes et qui ressemblait tant à mon papa.
Il m’a emmené voir l’apôtre, j’ai laissé mon sac au pied d’une colonne. J’ai pleuré en embrassant la statue comme le veut la tradition, je l’ai serré très fort dans mes bras en lui disant « guéris-moi, tu me dois bien ça… ». J’ai pleuré avec les Italiens retrouvés au pied de la statue et nous nous sommes embrassés. J’ai pleuré devant le tombeau de l’apôtre, parce que je n’étais plus qu’une émotion. J’ai repensé à mon sac et j’ai eu peur mais l’ami espagnol m’a dit que dans la cathédrale ça ne risquait rien, que les voleurs étaient croyants…
Il m’a emmené voir le portail de la gloire, et sous la statue de Saint Jacques, il y avait : mon copain JEAN-PIERRE ! Avec son sac à dos, qui arrivait du Camino del Norte…. J’ai pleuré avec lui… Nous irons ensemble à Finisterre.
Avec Jean-Pierre à Santiago

Après, j’étais vidée, crevée, out… Je suis allée chercher mon « diplôme ». J’ai pleuré sur ma Compostela, mais pas trop.

Nous nous sommes traînées jusqu’au petit Séminaire, que Rosa a rebaptisé « Alcatraz » à cause de la camera à l’entrée, de la grande porte en fer qui se referme avec un bruit sinistre derrière nous et des rangées de lits, les uns à coté des autres. Mais la vue sur la Cathédrale et sur Santiago est magnifique et la nuitée à 5 euros.
Depuis « Alcatraz »

A 19h, nous nous étions tous donnés rendez-vous pour une ultime photo sur le parvis de la cathédrale…
TOUS !
Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Il manquait Catherine, Brigitta, Sancho et Jean-François, mais ils étaient dans mon cœur.
Je me suis couchée à 23h, moulue, hachée menue, en kit, en morceaux, en puzzle.

Santiago de Compostela

Negreira

Cachet Santiago de Compostela

(? km)

Cachet Negreira
La porte d’Alcatraz vient de se refermer, Rosa a oublié sa polaire, impossible de rentrer à nouveau. Il faut attendre que quelqu’un sorte. Elle me propose d’aller seule, j’hésite, mais la tentation est grande, je pars sans elle. Malgré ma culpabilité, je suis heureuse de traverser Santiago dans la nuit et de retrouver « mon pas sur le glabre bitume » comme dirait Nougaro. Je marche seule, c’est bon de retrouver le silence et le petit matin, le calme et l’apaisement après cette si longue journée d’hier.
Les paysages sont très jolis, il n’y a personne, la grande majorité des pèlerins prennent le bus pour aller à Fisterra. Quel dommage !
Depuis Sur la route de Negreira

Andréas me rejoint à l’entrée de Negreira, ainsi que Rosalinda. Puis c’est la tribu des Italiens, Liliana, Giovanni, Rita, Nando, Cintzia… et Jean-Pierre.
Nous décidons de manger tous ensembles, il faut vite faire les courses, c’est dimanche, tout ferme à 14h.
Philippe, de Toulouse, que nous voyons pour la première fois nous demande s’il peut manger avec nous, il est arrivé trop tard pour les courses, il n’a rien à manger. Il y a aussi Vincente un infirmier espagnol spécialiste des pieds, qui nous masse, panse, triture les pieds gratuitement. Quand y’en a pour 9, y’en a pour 11…
Repas en commun à Negreira

Philippe m’a parlé de son frère Christian, pour qui il fait le pèlerinage, je l’ai trouvé doux, intelligent et sensible. J’ai vu son cœur et j’ai pensé que je pouvais y entrer.
Il fait une chaleur à mourir sous les toits mansardés du gîte, j’ai tiré un matelas dehors. Vincente nous soigne les pieds.
Vincente et nos pieds

Rosa vient me rejoindre avec son matelas.
Le soir, j’ai dit à Jean-Pierre et Philippe qui discutaient dehors : « Bon les gars, vous pouvez sortir de notre chambre, s’il vous plait ? »
J’ai parlé avec Rosa, je lui ai raconté l’histoire de Philippe. Elle m’a dit que quand elle voyait tous ces gens qui marchaient pour des raisons importantes, elle ne savait pas bien pourquoi elle était là, elle. Puis dans le silence de la nuit elle a dit :  « Je sais pourquoi je suis venue sur ce chemin… C’était pour te rencontrer, Bénédicte »
Ça m’a fait un effet terrible. J’ai plaisanté parce que j’étais émue, j’ai dit « Sainte Bénédicte priez pour nous ! ».

J’ai ouvert les yeux vers 2h du matin. Le ciel est plein d’étoiles, il fait doux. Je suis apaisée par le chant monotone des grenouilles. Le vent chaud porte des senteurs d’herbes coupées, des parfums de fleurs. Je n’ai pas d’âne, je ne fume plus depuis longtemps, mais j’ai une pensée affectueuse pour Robert Louis Stevenson.

Negreira

Olveiroa

Cachet Negreira

Cachet Olveiroa
Rosa et moi, seules derrière Andréas qui marche si vite, mais devant Liliana et Giovani que nous avons dépassés tout à l’heure. A présent, nous sommes toujours les mêmes, les irréductibles, le dernier carré des valeureux…
Les paysages sont magnifiques, peut être les plus beaux de tout le Camino…
Du côté de Vilaserio

Nous avons grignoté du pain du miel et du queso, nous n’avions plus rien à manger.
Pour la première fois, des vaches !

Le gîte n’ouvrait pas avant 16h, nous sommes allés Andréas et moi au petit café du village, pendant que les Italiens gardaient les sacs et commençaient la lessive dans les lavabos dehors. J’ai dit à Andréas pourquoi je faisais le chemin. Le but est proche, les dernières défenses tombent, bientôt je raconterai ma vie aux poissons !
Le soir l’hospitalera nous offre la soupe du pauvre, préparée avec ce que les pèlerins d’hier ont laissé comme oboles.
La soupe du pauvre

Délicieuse, avec du pain et du vin. Nous mangeons tous ensembles, les mêmes qu’hier, la fine équipe. Il y a juste trois Argentins qui sont arrivés en vélo, que nous ne connaissons pas, mais qui, la bonne soupe chaude et le vin aidant, font vite partie de notre tablée. Nous rions fort, je suis d’une jolie couleur rouge brillante, habituelle depuis quelques temps.
Entre Eduardo et Jean-Pierre

Dans le dortoir règne une douce odeur de fumier frais, à cause de l’étable qui jouxte le gîte. Dans la nuit, le vent s’attaque à la maison, heureusement que les murs sont épais, car il est très énervé.

Olveiroa

Cap Finisterre

Cachet Olveiroa

(32 km)

Cachet Cap Finisterre
Dernière étape, la plus belle, la plus intense… Nous partons dans les genêts en fleurs, après un petit café. Andréas et Jean-Pierre nous rejoignent.
A la croisée des chemins

Nous sommes très excités à l’idée de voir la mer. Puis au détour d’un chemin : la voila !!!! Les paysages sont magnifiques sous le soleil éclatant.
En descendant sur Cee

Nous descendons dans la baie, sur Cee. La plage est de sable fin, blanc, pur. Nous voulions manger à Corcubion, mais le chemin nous a emmenées sur les hauteurs du village, pas de petit bar, ni de restaurant. Enfin, à Estorde, un restaurant dans un cadre féerique…

Je demande au bar si nous pouvons manger, le garçon acquiesce et nous installe dans la grande salle à manger, avec vue sur la mer. Les tables ont des nappes qui tombent jusque par terre, la première chose mangeable de la carte est une ensalada mixa à 12euros !
Nous fuyons, devant le serveur étonné, en nous excusant de n’être que de pauvres pèlerines !
A Sardinero, dans un bar du village, nous avons dévoré des calamares, du pulpo et des tortillas avec pain et vin pour 7 euros !
Trop bon ! A table avec Rosa
La reprise a été dure, soleil, chaleur, la petite coupe de vino… Nous trottinons cahin-caha. Puis c’est la plage de rêve, sous le chemin. Nous y descendons pour nous baigner, c’est trop tentant !
La plage paradisiaque On y est !
Rosa me prend en photo et juste après, je marche sur une bête, une vive, une méduse, un dinosaure, je ne sais pas, mais une douleur fulgurante me traverse le pied. J’ai abominablement mal, je n’ose pas hurler devant Rosa. J’ai pensé que j’allais mourir, là, bêtement après tout ce chemin parcouru, sur une plage de rêve. D’un venin particulièrement dangereux, mortel. Je me suis dit qu’il fallait que je marche, que je remonte sur la route, tout au-dessus, pour faire du stop que l’on m’emporte au centre hospitalier le plus proche. J’ai laissé Rosa sur place, j’ai commencé à grimper, je sentais mon pied qui remplissait petit à petit toute ma chaussure, il gonflait. La peur m’a fait oublier la douleur, j’ai marché, marché, sur le petit sentier. La route, enfin… pas de voitures. Je marche le long du bitume, je crois que cela va mieux. Rosalinda a ramassé ses affaires en quatrième vitesse, elle me rattrape toute angoissée, mais je vais décidément bien mieux.
En arrivant sur la plage de Finisterre, c’est tellement beau, que j’oublie mon pied.
Nous quittons le chemin et remontons toute la plage à la recherche de coquille saint Jacques. 6 ! J’en ai trouvé 6 !
La plage de Fisterra et ses coquilles

Philippe n’en a pas trouvé, je lui ai donné une des miennes, il m’en restait une pour mon Bob, une pour chacune de mes filles, une pour mon papa.
Plus tard, dans la soirée, il a trouvé des gamins qui vendait des coquilles, il m’en a acheté une énorme, pour remplacer celle que je lui avais donnée.
L’hospitalera nous a offerts une compostela de Finisterre magnifique, j’ai été très fière.
Nous sommes tous allés manger au restaurant, avant d’aller voir le coucher du soleil à Cabo Finisterre. Là-haut, la tradition veut que l’on brûle ses vêtements et que l’on recommence ainsi une nouvelle vie.
Je ne voulais pas d’une nouvelle vie, la mienne me va à ravir. Je voulais une vie sans maladie. J’avais emmené la lettre qui m’annonçait que j’avais le cancer, l’original, et une paire de chaussettes que j’avais commencée à brûler sur un radiateur à Samos en les faisant sécher. Je voulais juste brûler ma maladie, définitivement.
Nous avons pris du temps pour manger, nous sommes donc montés en courant à Cabo Finisterre de peur de louper le coucher de soleil. En courant et en chantant à tue-tête parce qu’on était un peu pompette.
La montée à Cabo Finisterre Houlala !
Arrivés là-haut, nous avons retrouvé les Argentins qui nous attendaient une bouteille sous le bras. Il y avait un vent de fou, j’étais sûre que le feu ne prendrait pas. J’ai mis mes petites affaires à brûler, comme tout le monde, chacun dans son coin. J’ai mis le briquet et ça à fait roufff ! De grandes flammes.
Je brûle mon cancer On est bien content pour moi !
Eduardo m’a dit : "Ben, comment t’as fait ? " Je ne sais pas… Rosa m’a murmuré dans un sourire :  "Ça va marcher" Aucunes thérapies subies jusque-là, que ce soit la chimiothérapie, la radiothérapie, l’hormonothérapie, la psychothérapie, RIEN ne m’avait donné ce sentiment si fort, que décidément, OUI : ça allait marcher !
J’ai vu dans ce feu, dans la terre qui se jette dans la mer, dans cette fin du chemin, la fin de mon malheur. J’ai versé quelques larmes, sur ma souffrance passée, sur ma tristesse, sur ma peur. J’ai senti dans le vent, l’amitié, l’espoir, la vie nouvelle que j’attendais.
Le coucher de soleil sur Finisterre

Après le coucher de soleil, nous sommes restés longtemps à discuter avec Rosa, Jean-Pierre, Cintzia, Philippe, Andréas et moi.
Après le soleil couchant On papote
Nous sommes redescendus en chantant et comme c’était trop dur de se séparer comme ça, nous sommes allés nous exploser à la liqueur café dans un petit bar près du port.

Muxia

Cachet Muxia
Hors pèlerinage, en bus, nous sommes allés Jean-Pierre, Rosa et moi à Muxia au sanctuaire de Notre Dame de la Barca.
Il a fallu quitter Philippe qui rentrait sur Toulouse et qui nous a offerts le petit déjeuner en cadeau d’adieu.
J’ai eu beaucoup de mal à le laisser partir.
Jean-Pierre et Philippe

C’est un petit village de pêcheur tranquille, où Marie serait venue en barque parler à l’apôtre Jacques. La légende dit qu’elle aurait laissé sur la grève sa barque devenue pierre. Il faut passer dessous, la faire bouger pour être guéri.
Sous la barque

Je suis passée dessous, j’ai tenté de la faire bouger, ça n’a pas marché. C’est normal, je n’ai pas besoin d’être guérie, c’est déjà fait, depuis hier.

L’église est magnifique, on dirait un vaisseau de pierre dans la mer.
Notre Dame de la Barca

Nous sommes restés longtemps assis, la porte de l’église ouverte sur l’océan.
La porte

Je voulais laisser dans l’église un petit ex-voto que j’avais fabriqué avec un couvercle très léger d’une boite de Mont d’Or. Je n’avais pas voulu le déposer à Compostelle, dans la foule des touristes.
Ici, on ne peut accéder à l’autel, la porte grillagée est fermée. Jean-pierre m’a conseillé de le jeter à la mer mais je n’ai pas voulu.
Mon ex-voto

Dans le bar où nous attendions le bus pour rentrer sur Santiago, il y avait une belle femme espagnole avec de longs cheveux. Quand nous avons été seuls avec elle, je lui ai expliqué, dictionnaire à la main, que j’avais été malade et que je voulais remercier de ma guérison. Je lui ai demandé si elle pouvait porter mon ex-voto Dimanche au sanctuaire, lorsque l’église serait ouverte. Elle n’a pas répondu, elle a disparu dans l’arrière-boutique. J’ai pensé que je l’avais choquée ou que je n’avais pas bien expliqué ce que je voulais. Elle est revenue avec deux images toutes chiffonnées de Notre Dame de la Barca et m’a dit que mon ex-voto serait à l’église dimanche et que, elle vivante, il y serait toujours.

Epilogue

Je suis restée deux jours à Santiago, à voir partir les autres, à boire dans tous les petits bars de la ville, à manger au restaurant avec les derniers pèlerins et à écrire des mails au Terra Nova, avec des tapas.
Pour fêter le retour

J’ai trouvé Miguel Angel Munos, dans un petit magasin de musique de la ville, pour mon Elisabeth. Le bellâtre ne fait pas qu’avoir une plastique de rêve, à ses heures perdues, il pousse la chansonnette !
Le voila !

J’ai retrouvé Jean-François, et j’ai pu passer une soirée avec lui, à Casa Manolo
Mon Jean François

J’ai enfin compris pourquoi j’avais perdu Sancho, et pourquoi il lambinait tant !
Sancho le chanceux !

J’ai dormi toute seule à Alcatraz.
Alcatraz

Et j’ai pris le bus, direct Santiago-Lausanne, où ma famille est venue me chercher.
La route fut magnifique, Lugo, Oviedo, Santander, Bilbao… 26heures de bus.
Je suis arrivée puante, suante, fatiguée, heureuse et moulue.

L’image un peu merdique sur ma radiographie qui faisait craindre une récidive avant de partir, s’est transformée en un kyste bénin, le cancérologue m’a dit :  « Madame : fuyez ! Je ne veux plus vous voir avant un an… »

Je parle sur Internet avec tous mes amis du chemin.

Je souffre du syndrome post-Camino comme tout le monde.

Je me suis aperçue aujourd’hui, grâce à Rosalinda, que j’habite une ville qui se situe sur la voie Francigena, une grande voie de pèlerinage qui traverse la France et qui va à………

ROME !

FIN